Google compense la baisse du trafic Search par un boost de Discover
Après des mois d'inquiétude autour de l'intelligence artificielle et de son impact sur le référencement naturel, les éditeurs web français peuvent souffler un peu. La dernière mise à jour core de Google de mars 2025 n'a pas provoqué l'apocalypse tant redoutée. Mais elle révèle une tendance intéressante : pendant que le trafic de Google Search s'effrite doucement, Google Discover prend le relais.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Entre janvier et avril 2025, les pages vues depuis Google Search ont chuté de 9 % selon Chartbeat, qui analyse le trafic de plus de 4 000 sites dans le monde. Dans le même temps, Google Discover a gagné 6 % de trafic supplémentaire. Une compensation presque parfaite, diraient certains.
Une mise à jour core qui passe presque inaperçue
Vous vous souvenez peut-être des mises à jour Google qui faisaient trembler le monde du SEO ? Celle de septembre 2023 sur le contenu utile avait fait des ravages. L'update sur les avis produits de février 2023 aussi. Cette fois, c'est différent.
Tom Critchlow, vice-président croissance audience chez Raptive (qui gère la publicité pour environ 6 000 sites indépendants), résume bien la situation : "C'est resté plutôt neutre dans l'ensemble." Un responsable d'un éditeur spécialisé dans le voyage confirme : "Ce n'était rien de vraiment bouleversant cette fois."
Pourtant, tous ne sont pas logés à la même enseigne. Un réseau de sites d'actualités et de divertissement affiche une baisse de 13 % du trafic organique sur un an. Mais là encore, difficile de dire si c'est vraiment à cause de la mise à jour de mars ou d'autres facteurs.
Reddit continue de grignoter les positions
Si une chose agace vraiment les éditeurs, c'est bien la montée en puissance de Reddit dans les résultats de recherche. Depuis que Google a décidé de faire plus de place aux forums et sites communautaires, Reddit squatte de plus en plus de positions dans les SERP.
"Ça n'a pas encore atteint un plateau. Reddit continue de prendre de plus en plus d'espace dans les pages de résultats", confie un responsable éditorial qui préfère rester anonyme. Une frustration compréhensible quand on pense au temps et aux ressources investis dans la création de contenu original.
C'est un phénomène qu'on observe aussi en France. Tapez n'importe quelle requête sur un produit tech ou un conseil pratique, et vous trouverez souvent un fil Reddit dans les premiers résultats. Google semble privilégier ces discussions "authentiques" aux articles plus formels.
Les AI Overviews changent la donne
Parlons maintenant de l'éléphant dans la pièce : les AI Overviews. Ces résumés générés par l'IA qui apparaissent en haut des résultats de recherche font beaucoup parler. Mais contrairement aux craintes initiales, l'impact semble moins dramatique qu'attendu.
Un responsable SEO d'un éditeur lifestyle pense même que Google "augmente intentionnellement" le trafic Discover pour compenser la baisse des clics sur Search. Une stratégie qui ferait sens : Google a besoin de maintenir l'écosystème éditorial en vie pour alimenter son moteur de recherche.
Michael Hadgis, directeur des revenus chez Blavity (un éditeur digital multiculturel), va même plus loin. Selon lui, le trafic de recherche a augmenté ces deux dernières années malgré les mises à jour et l'intégration de l'IA. Sa recette ? Mettre à jour régulièrement la bibliothèque de contenu et respecter scrupuleusement les guidelines Google sur la qualité.
Google Discover, la bouée de sauvetage inattendue
Lancé en 2018, Google Discover ressemblait d'abord à un gadget. Ce flux personnalisé qui apparaît quand vous ouvrez un nouvel onglet Chrome sur mobile semblait anecdotique. Aujourd'hui, il pourrait bien sauver la mise de nombreux éditeurs.
Les chiffres de John Shehata, fondateur des plateformes SEO NewzDash et GDdash, sont éloquents. Au premier trimestre 2025, le taux de clic sur Discover était quatre fois supérieur à celui de Search : 8 % contre 2 % ou moins. Avec moins d'impressions, vous obtenez plus de clics. Mathématiquement, c'est logique.
Google vient d'ailleurs de commencer à déployer Discover sur desktop en Australie et Nouvelle-Zélande. Pas encore aux États-Unis, ni en France pour l'instant. Mais quand ça arrivera, l'impact pourrait être significatif.
Un trafic volatile mais prometteur
Attention, Discover n'est pas la panacée. Le trafic y reste "imprévisible et volatile", selon plusieurs responsables interrogés. Un dirigeant d'un média d'actualités le dit avec une pointe d'humour : "Une cuillère de sucre aide à faire passer le sac de mer..." (traduction libre d'une expression anglaise plutôt colorée).
Le problème avec Discover ? Les lecteurs qui arrivent par ce canal ont tendance à consommer du contenu de façon plus superficielle. Ils cliquent, lisent rapidement, puis repartent. Difficile de les convertir en abonnés ou en lecteurs fidèles.
Mais dans un contexte où chaque clic compte, cette source de trafic supplémentaire n'est pas à négliger. D'autant que Discover n'affiche pas d'AI Overviews. Les articles y apparaissent dans leur format traditionnel, sans résumé automatique qui pourrait décourager le clic.
L'équilibre délicat de Google
Derrière cette redistribution du trafic, on devine une stratégie plus large de Google. Le géant de Mountain View doit jongler entre plusieurs impératifs : rester compétitif face à ChatGPT et autres IA génératives, tout en préservant son écosystème éditorial.
Car Google a besoin des éditeurs pour alimenter ses algorithmes. Sans contenu frais et de qualité, pas de résultats de recherche pertinents. L'entreprise ne peut donc pas se permettre d'assécher complètement le trafic vers les sites web.
Le lancement récent du AI Mode dans un onglet séparé montre cette volonté de segmenter les usages. Vous voulez une réponse rapide générée par l'IA ? Utilisez AI Mode. Vous préférez explorer différentes sources ? Restez sur Search classique.
Que faire concrètement ?
Pour les éditeurs français, plusieurs leçons se dégagent de cette période de transition. D'abord, ne paniquez pas à chaque mise à jour Google. Celle de mars a montré que tous les changements ne sont pas catastrophiques.
Ensuite, diversifiez vos sources de trafic. Discover peut devenir un canal intéressant, mais attention à ne pas tout miser dessus. Le trafic y reste capricieux.
Enfin, continuez à produire du contenu de qualité qui respecte les guidelines Google. C'est peut-être banal, mais les sites qui s'en sortent le mieux sont souvent ceux qui appliquent les fondamentaux du SEO sans chercher de raccourcis.
Le paysage du référencement évolue, c'est indéniable. Mais plutôt que de subir ces changements, autant les anticiper et s'adapter. Après tout, Google a autant intérêt que nous à maintenir un écosystème éditorial vivant. Cette interdépendance pourrait bien être notre meilleure assurance face aux bouleversements à venir.
Alors, apocalypse ou simple réajustement ? Pour l'instant, les signaux restent plutôt rassurants. Mais dans ce monde en constante évolution, mieux vaut garder un œil sur ses statistiques et rester prêt à pivoter si nécessaire.